Mercredi 30 novembre 2005
Journal l' Alsace du Dimanche 20 Novembre 2005 : www.alsapresse.com/
Une main et des frissons
Le pasteur Philippe Aubert se lance dans le polar anglais, qui est aussi une réflexion sur la foi, les églises et ceux qui les fréquentent.
Une main coupée vient perturber la vie tranquille d'Arundel, petite cité anglaise. Le prêtre de la paroisse la découvre un soir où il raccompagne un de ces couples de raseurs dont même la foi la mieux trempée ne saurait vous protéger. Les fantômes d'Arundel vont se déchaîner sous la plume érudite de Philippe Aubert. Auteur de plusieurs ouvrages plus « trapus », le pasteur nous gratifie là d'un polar qui devrait charmer ceux qui aiment les aventures de Tom Barnaby ou de l'inspecteur Morse. « Je n'ai pas voulu faire le Da Vinci code », prévient l'auteur qui connaît trop bien ses églises pour flirter avec les grands mythes plus ou moins établis. Mais à travers ce roman, il nous livre bien des clés de son royaume. La promenade littéraire est prétexte à une découverte d'une Angleterre étonnante où l'érudition est souvent noyée dans l'odeur des chips and fishes.
Pas besoin d'être un grand détective de Scotland Yard pour découvrir que ce livre est aussi une réflexion sur la foi, les églises, ceux qui les fréquentent et ceux qui tentent d'y conserver de fidèles. L'un des personnages de ce livre, un flic blasé, aussi lent qu'une brume sur la Tamise et entêté qu'un rugbyman en mêlée, promène son spleen et son mal de vivre à la recherche du coupable. Evidemment, tout cela est fort embrouillé. Dès lors, Les fantômes d'Arundel apparaissent comme une véritable enquête menée par un curieux détective qui manipule tous ses personnages pour les amener à nous parler de ces étranges Anglais qui nous sont plus proches qu'on ne le pense quand il s'agit de se poser des questions fondamentales. Il serait dommage de ne voir derrière cette promenade dans le jardin anglais de Philippe Aubert qu'un livre théologico-sociologique. L'auteur a parfaitement retenu l'une des grandes règles du polar : plonger le lecteur dans son univers familier qui, après tout, a de bonnes chances d'endosser l'habit d'un des protagonistes. Et pour revenir à cette main très « gothique » au sens qu'on donne à la frayeur de fiction, disons que celle de l'auteur ne tremble pas à l'heure du crime. C'est bien tout ce que l'on lui demande tout en lui pardonnant d'avoir quasiment aligné, avec bonheur, tous les péchés dans cette aventure terriblement humaine.
R.C.
Par Philippe Aubert
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Publié dans : Presse
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