Cela n’avait jamais particulièrement attiré l’attention de James Brown, mais ce cimetière était l’un des plus mal entretenus du comté. Herbes et ronces recouvraient la plupart des tombes au point qu’il était devenu difficile de s’en approcher. Les morts étaient morts deux fois, plus aucune mémoire ne traçait ces petits sentiers entre l’ici-bas et l’au-delà. Le jardinier défendait ce chaos par un penchant pour l’esthétique romantique, le retour à la nature, à ses profondeurs et pour finir à son mystère. Sa fréquentation abusive du pub du village était pour une grande part dans sa théorie que personne, parmi les habitants, ne semblait contester. Il est vrai que la petite allée de granit qui conduisait à la porte latérale de l’église suffisait à calmer les consciences. Tout y était beau, surtout la tombe du major Tempelton, la dernière en date devant laquelle tous les paroissiens devaient passer pour se rendre à l’office. Sous les voûtes blanchies à la chaux résonnaient les premières notes de Rejoice in the Lord alway. James Brown aimait Purcell plus que tout autre compositeur. C’est le cœur joyeux qu’il entonna la première strophe.
Le service terminé, quelques personnes s’attardèrent en buvant un thé au milieu des restes d’un décor censé représenter les murs de Jéricho. Les trompettes de l’Eternel sont peu de chose en comparaison de la bande de gamins qui fréquentaient le catéchisme. Des cubes de toutes les couleurs jonchaient le sol. La bataille avait fait rage et, à en croire les petites têtes blondes, les Hébreux d’Arundel avaient tout rasé sur leur passage. La pluie n’allait pas tarder ; désireux de se retrouver dans le calme de sa bibliothèque, James Brown prit congé de ses paroissiens.
Par Philippe Aubert
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Publié dans : Le roman
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